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Saint Jean de Braye     

Le travail des enfants au XIX° siècle en France.

Le gamin de Paris et "Les Misérables" de Victor Hugo

vendredi 16 novembre 2007 par Mme Mariton

Origines

Le travail des enfants se développe dans la France du siècle dernier pour quatre raisons principales :
- 1/ Les enfants sont moins payés que les adultes. En outre, le salaire des adultes est nivelé vers le bas par la présence des enfants dans les usines. Le salaire d’un enfant varie en effet entre 5 centimes et deux francs alors qu’un adulte gagne 2 francs par jour, une femme, un franc et un enfant 45 centimes pour les moins de 12 ans, 75 centimes entre 13 et 16 ans. À Mulhouse en 1835 le pain coûte de 12 à 15 centimes la livre, la viande de bœuf 45 centimes la livre, le lait 15 centimes.

- 2/Les patrons dominateurs et paternalistes n’hésitent pas à leur confier des tâches ingrates.

- 3/La transformation des industries permet la création d’emplois de complément qui ne réclament ni force physique ni qualification mais plutôt une habilité et des facilités enfantines.

- 4/L’apport d’un salaire d’appoint pour la famille explique l’attitude conciliante des parents.

- L’ ampleur du phénomène

Les opinions divergent sur ce point. L’historien Y. Lequin estime par exemple que les enquêtes du XIXe siècle amplifient grandement le phénomène. Les historiens marxistes pensent le contraire.

- Entre 1840 ET 1850, selon une enquête réalisée dans 63 départements et dans des entreprises de plus de 10 salariés, il y avait 131 000 enfants-travailleurs pour 670 000 hommes et 254 000 femmes. Pendant la même période, selon le recensement de la statistique générale de France, il y avait 143 665 enfants-travailleurs dans la grande industrie dont 93 000 dans le seul secteur du textile pour une main d’œuvre totale de 1 055 000 ouvriers.
- En 1868, un nouveau recensement donne un total de 99 212 enfants concernés par la loi de 1841 (5 005 entre 8 et 10 ans, 17 471 entre 10 et 12 ans, 77 000 entre 12 et 16 ans) auquel il faut ajouter 26 503 enfants qui ne sont pas concernés par la loi (parce qu’employés dans des ateliers de moins de 10 ouvriers). Au total, il y aurait à cette date 125 715 enfants-travailleurs pour 1,1 million d’ouvriers.
- En 1896, par rapport la population active, les moins de 15 ans sont 3,1 % et les 15-19 ans 9,8 % à travailler.

- Il semble donc que le nombre d’enfants au travail ait été en chute constante durant le siècle. Tendance qui s’explique par la mécanisation, la dépression économique de la fin du siècle (à partir de 1873) et les lois sociales même si elles sont difficilement appliquées.

Typologie des industries qui emploient des enfants

Le textile dévore les enfants. Dans les filatures, l’agilité, la souplesse, la petite taille des enfants sont utilisées par exemple pour attacher les fils brisés sous les métiers à tisser en marche, nettoyer les bobines encrassées, ramasser les fils de coton. Les enfants sont aussi chargés de surveiller les machines (ils doivent alors rester jusqu’à 16 heures debout), de travailler à la machine à dévider (ils sont alors assis sur des tabourets trop hauts pour eux afin de les empêcher de relâcher leurs efforts).

Les mines, les usines métallurgiques accueillent également des enfants : manœuvres, ils descendent dans les galeries plus étroites où ils peuvent se tenir debout et pousser des chariots.

Dans les petites industries, les enfants échappent à la législation. L’exploitation y est donc plus dure qu’ailleurs. Citons, toujours dans le secteur du textile, la dentelle des campagnes de Bayeux à Cherbourg où les petites filles de 4-5 ans sont exploitées ; les filatures de soie de Jujurieux dans l’Ain exclusivement féminines où des adolescentes de 13-18 ans évoluent ; dans les fabriques de toiles d’Oberkampf ; dans le chiffon parisien, la verrerie, l’impression, les petits métiers...

À la campagne, les métiers se sont diversifiés et les séjours dans les ateliers alternent avec d’autres activités. Le travail est alors pénible par la durée et la difficulté des tâches à accomplir.

Du constat à la législation

"Une multitude d’enfants maigres, hâves, couverts de haillons se rendent à l’usine pieds nus dans la pluie et la boue (...) et un nombre encore plus considérable d’enfants de jeunes enfants non moins sales, non moins hâves, couverts de haillons tout gras de l’huile des métiers, tombée sur eux pendant qu’ils travaillent. Ces derniers, mieux préservés de la pluie par l’imperméabilité de leurs vêtements, n’ont pas même au bras, comme les femmes dont on vient de parler, un panier où sont les provisions pour la journée ; mais ils portent à la main ou cachent sous leur veste, ou comme ils peuvent, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu’à l’heure de leur rentrée à la maison." Villermé

"Sans instruction, ils sont "moralement abrutis, intellectuellement hébétés, physiquement énervés et initiés à tout ce qu’il y a de déplorable dans la dépravation humaine" Montalembert

- La loi du 18 mars 1841 limite le travail à huit heures pour les 8-12 ans, 12 pour les 12-16 ans et interdit le travail de nuit pour les moins de 13 ans (entre 21 heures et 5 heures). Les infractions sont fréquentes.
- Après la défaite de 1870, une nouvelle loi est votée en 1874. 12 ans devient l’âge minimum pour travailler. À partir de cet âge, le temps de travail imposé est de six heures puis 12 heures entre 13 et 16 ; le travail de nuit est interdit jusqu’à 16 ans ; un corps d’inspecteurs est fondé.
- Les lois Jules Ferry en 1881 et 1882 accélèrent l’évolution. En 1893, à 13 ans, la durée est limitée à 10 heures plus une heure de repos ; à 60 heures par semaine (dont un jour de repos) pour les 16-18 ans tandis qu’un certificat d’aptitude devient nécessaire.
-  Les lois se succèdent à partir de 1900 mais il faut attendre 1967 pour voir la scolarité rendue obligatoire jusqu’à 16 ans.

Le regard de la société

- Ils sont en fait peu nombreux à s’offusquer du travail des enfants. Le médecin aristocrate Villermé est l’auteur d’une vaste enquête où les préjugés de l’époque sont très apparents. Pour lui, le travail des enfants est une "nécessité absolue" qui ne saurait être remise en cause sous le principe qu’"il vaut mieux, sous le rapport moral, employer des enfants dans les manufactures plutôt que de les laisser vagabonder toute la journée sur la voie publique".

- Le travail des enfants permet en outre de les éloigner de l’influence de leurs parents "imprévoyants et débauchés".

- L’école est une solution pour sortir les enfants de leur condition mais il en est pour penser que "la résignation aux privations et à la misère est un enseignement malheureusement plus utile que l’instruction" (chambre de commerce de Valenciennes) et d’autres que le travail est "en réalité la meilleure gym à leur imposer pour favoriser le développement physique" (Chambre de commerce de Lille).

- Les Catholiques sociaux comme Montalembert, le comte de Melun prennent le parti contraire.

- Victor Hugo est plus radical encore :

Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre Qui produit l’argent en créant la misère Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil

Ce discours très minoritaire tend à gagner du terrain au cours du siècle.

Évolution de l’enseignement

L’apprentissage décline en nombre et en qualité. Alors que la population parisienne augmente, le nombre des apprentis parisiens stagne, ceux dont l’apprentissage n’arrive pas à son terme augmente. Le 22 février 1851, une loi peu appliquée limite le temps de travail de l’apprenti. L’apprentissage dure de deux à cinq ans ; la moitié ne sont ni logés ni nourris ; une cinquième est sous contrat. Pour venir en aide aux apprentis, des associations catholiques sont fondées ; amis de l’enfance, œuvre des apprentis, société de protection des apprentis.

L’enseignement technique et professionnel émerge avec l’introduction d’ateliers dans les écoles sous l’intitulé : "science d’application à l’industrie" ; c’est un échec. En 1880, des écoles manuelles d’apprentissages sont en place.

Il existe d’autre moyens pour les enfants de s’instruire :

1/Cours privés 2/Cours du soir pris en charge par les frères 3/Écoles de fabriques (Schneider au Creusot) 4/Écoles municipales (école de tissage de la Croix Rousse)

Reste que 90 % des enfants d’ouvriers n’ont aucun accès à l’éducation .

La bourgeoisie se réserve l’accès aux lycées fondés par Napoléon, dans les collèges royaux comme Louis Le Grand. Les études de droit ou de médecine terminent un cursus réussi. A cet égard, le parcours du jeune Haussmann est éloquent : mis en pension à 7 ans au collège Bourbon, bachelier, étudiant à la faculté de droit, auditeur à la Sorbonne, au Collège de France, à l’école de Médecine. Il pratique l’escrime, le pistolet, l’équitation, la natation et le patinage dans ses moments de loisirs.

Sortir de sa condition La prise en charge patronale "du berceau à la tombe" bouche les perspectives. A Lille, parmi les milliers de successions, 2 en 70 et 3 en 90 laisse supposer une évasion de la condition ouvrière. A Montceau les Mines, la règle est de conduire l’adolescent le jour même où se termine sa scolarité chez l’ingénieur des houilleries. Or le quotidien dans la famille ouvrière est souvent sordide : ivrognerie, imprévoyance, mauvaises mœurs, abandons, enfants battus ou assommés par des pseudos somnifères. Dans les campagnes, Les familles multiples subsistent. Les enfants sont productifs dès 7 ans et travaillent aux champs. Dans la seconde moitié du siècle, l’exode rural prend une véritable ampleur.

Textes

LOI RELATIVE AU TRAVAIL DES ENFANTS EMPLOYES DANS LES MANUFACTURES, USINES OU ATELIERS. 22 MARS 1841

ARTICLE 3 : (...) Si la conséquence du chômage d’un moteur hydraulique ou des réparations urgentes l’exigent, les enfants au-dessus de 13 ans pourront travailler la nuit, en comptant deux heures pour trois, entre neuf heures du soir et cinq heures du matin.

ARTICLE 4 : Les enfants au-dessous de seize ans ne pourront être employés les dimanches et jours de fête reconnus par la loi.

ARTICLE 5 : Tout enfant admis devra, jusqu’à l’âge de douze ans, suivre une école.

Eléments de bibliographie

Source : VILLERME, Tableau de l’état physique et moral des ouvriers, Paris, 1840 PIERRARD, Enfants et jeunes ouvriers en France, Paris, 1977 CRUBELLIER, L’enfance et la jeunesse dans la société française, Paris, 1979

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